Bien qu’il soit difficile de trouver un côté positif à la pandémie mondiale, personne ne peut nier que l’épidémie de COVID-19 a été un moteur de changement. La course au vaccin a obligé les laboratoires pharmaceutiques à innover à la volée. Le fait que nous ayons désormais plusieurs vaccins et que des dizaines de millions de doses soient distribuées à travers le monde témoigne de la capacité de l’humanité à se transformer rapidement pour relever un défi d’envergure mondiale.

Logo de l’Organisation internationale de police criminelle Interpol.int).

De la même manière, la pandémie a obligé les services de police à passer du jour au lendemain d’une organisation centrée sur un travail en présentiel à un environnement de travail à distance. Même si d’autres acteurs y ont contribué, une organisation en particulier dans le monde de l’intelligence numérique, s’est révélée motrice dans cette transformation numérique à travers le monde. Cette organisation, c’est l’Organisation internationale de police criminelle (INTERPOL).

INTERPOL est une organisation inter-gouvernementale composée de 194 pays membres dont la mission est d’aider les forces de l’ordre dans le monde entier à l’avènement d’un monde plus sûr.

Une force pour le changement

Si INTERPOL ne mène pas d’enquêtes criminelles de sa propre initiative, l’aide et les ressources que l’organisation offre aux services de police à travers le monde sont inestimables. INTERPOL gère 18 bases de données de police contenant un grand nombre d’informations sur les crimes et les criminels (noms, empreintes digitales, passeports volés, etc.) auxquelles les pays membres peuvent accéder en temps réel. (Leur base de données des documents de voyage perdus ou volés contient à elle seule plus de 95 millions d’enregistrements)

Les membres peuvent aussi communiquer entre eux via un système de communication sécurisé nommé « I-24/7 », donc si par exemple le FBI traque un terroriste en Italie, il peut échanger avec les organisations de police dans ce pays pour déterminer qui a compétence sur les dossiers terroristes et ainsi accélérer les enquêtes et collaborer en vue de traduire les criminels en justice.

La structure de soutien d’INTERPOL est large et profonde, avec notamment le forensique, l’analyse et une assistance pour localiser des fugitifs à travers le monde. Et bien qu’INTERPOL soit impliqué dans des crimes de toutes sortes, les trois principales initiatives mondiales privilégiées sont le terrorisme, le crime organisé et la cybercriminalité.

Crédit : Interpol.int

La formation est également un élément essentiel de l’offre fournie par INTERPOL, pour s’assurer que partout les équipes d’enquête soient en mesure de maximiser les services offerts. Peut-être plus important encore, INTERPOL effectue une veille permanente sur la criminalité, grâce à la recherche et au développement, pour tenir les forces de l’ordre à jour des dernières tendances pouvant impacter les enquêtes à venir.

Docteur Madan M. Oberoi, directeur général de l’innovation et de la technologie chez INTERPOL. (crédit : bankinfosecurity.com)

Le docteur Madan M. Oberoi, directeur général de l’innovation et de la technologie chez INTERPOL, a pu nous expliquer comment INTERPOL exploite la puissance de la technologie numérique pour faire avancer les dossiers. Le docteur Oberoi possède un parcours impressionnant, ayant travaillé avec un certain nombre d’organisations internationales dont la Delhi Police, la mission des Nations Unies en Bosnie, la mission des Nations Unies au Kosovo, la Arunachal Pradesh Police, le Bureau central d’enquête en Inde, le Ministère de l’intérieur et le centre indien de coordination pour la cybercriminalité. Il est titulaire d’une bourse Fulbright en cyber-sécurité, a obtenu une maîtrise en technologie et un doctorat en cybercriminalité.

Dans sa fonction actuelle, le docteur Oberoi est responsable de trois directions : la direction des systèmes d’information et des technologies, le centre d’innovation et la direction du développement des compétences et des formations.

La direction des systèmes d’information et des technologies gère l’infrastructure informatique d’INTERPOL, avec un réseau de 194 pays membres et différents bureaux à travers le monde, ainsi que les 18 bases de données globales d’INTERPOL et trois datacenters.

« Il n’y a aucune catégorie de criminalité qui ne soit impactée par la technologie aujourd’hui. »

Le centre d’innovation, basé à Singapour, rassemble quatre laboratoires : le laboratoire d’investigation numérique, le laboratoire des nouvelles et cyber technologies, le laboratoire de prospective et d’anticipation et celui de police adaptative. Le centre a pour mission d’anticiper ce à quoi va ressembler le travail de la police à l’avenir et de préparer les services de police du monde entier aux changements à venir.

Le centre d’innovation d’INTERPOL, basé à Singapour, rassemble quatre labos : le laboratoire d’investigation numérique, le laboratoire des nouvelles et cyber technologies, le laboratoire de prospective et d’anticipation et celui de police adaptative. (Crédit : jfsdigital.org)

La direction du développement des compétences et des formations est impliquée dans toutes sortes de formations, toutes axées sur le renforcement des compétences de pays membres.

La pandémie a été une puissante force motrice pour INTERPOL et les pays membres, au niveau de la transformation numérique opérée l’an dernier. Parce que les pays membres ont été contraints de rapidement s’adapter face à la pandémie, cela a ouvert un certain nombre d’opportunités pour promouvoir le changement.

Les organisations qui manquaient de ressources ou qui avaient peur d’avancer résolument vers l’ère de l’intelligence numérique ont enfin sauté le pas. Et INTERPOL était là pour accompagner ces transformations à chacune des étapes, de la planification et mise en œuvre de stratégies d’intelligence numérique à l’offre de formations. Tout cela  pour permettre aux organisations d’utiliser plus efficacement les solutions de technologie numérique modernes.

« Je ne vois pas comment on pourrait enquêter sur une affaire à l’avenir sans utiliser les outils d’investigation numérique. »

Le docteur Oberoi et son équipe ont joué un rôle essentiel dans l’accompagnement de la transformation des organisations en animant des « espaces de discussion virtuelle » pour les pays membres. Dans ces espaces virtuels, le groupe d’innovation stratégique d’INTERPOL mène des discussions de groupe hebdomadaires, qui permettent aux pays membres d’échanger des idées sur les tendances les plus importantes les concernant.

Il est intéressant de noter que la transformation numérique était en tête de liste des discussions pour lancer la série. INTERPOL ne prescrit pas un modèle unique à suivre par tout le monde, mais facilite les échanges qui permettent aux pays membres de partager leurs meilleures pratiques et expériences, afin que tous apprennent les uns des autres et mettent à profit l’expertise de chacun.

Comment les organisations effectuent leur transition

Si la pandémie a constitué un point d’inflexion pour le changement, l’augmentation croissante de la demande en intelligence numérique s’est avérée depuis un certain temps un facteur sous-jacent de cette transformation numérique. (L’intelligence numérique, ce sont les données recueillies et préservées de différentes sources numériques et de différents types \smartphones, ordinateurs, et le cloud et le processus par lequel les services de police recueillent, examinent, analysent, gèrent et obtiennent des informations à partir de ces données, pour mener leurs enquêtes plus efficacement.)

Tous les organisations ont dû s’attaquer de front au nombre toujours croissant d’appareils liés aux enquêtes, aux volumes considérables de données à analyser, et à la nécessité de tout relier à une stratégie et une plateforme numérique globale pour accélérer la justice, simplifier les flux de travail et garantir l’intégrité et la confidentialité des données.

En travaillant avec des organisations du monde entier, le docteur Oberoi et son équipe ont découvert qu’il y a certains domaines dans lesquels il est plutôt simple de faciliter la transformation numérique et d’autres où cela reste plus compliqué. Par exemple, de nombreuses fonctions administratives courantes se prêtent facilement à la transformation numérique, tout comme les nombreuses situations de collaboration et de partage d’information sur des dossiers.

INTERPOL gère 18 bases de données de police contenant de nombreuses informations sur des crimes et criminels dans le monde entier. (Crédit : ewn.co.nz)

La collecte et l’analyse d’intelligence numérique est un autre domaine essentiel où les solutions d’intelligence numérique sont un véritable atout. Toutefois, bien que la technologie rende possible l’amélioration des flux de travail et une réduction du temps d’accès aux preuves, rien ne se substitut à l’intelligence humaine et au terrain en ce qui concerne les scènes de crime.

Le docteur Oberoi estime que se transformer est indispensable, les activités criminelles se déplaçant vers l’espace numérique à un rythme accéléré. L’intelligence humaine « est un élément très important », explique le docteur  Oberoi. « Mais l’intelligence technique est devenue [elle aussi] très importante, car nos adversaires y ont de plus en plus recours. » Cette mutation des activités criminelles change la manière dont INTERPOL et les organisations membres envisagent les flux de travail. Ici encore, l’impact de la pandémie est clair.

L’année 2020 a vu une chute de la « délinquance physique », où un individu est victime de vol physique, un sac se fait arracher, etc. Comme de nombreux pays ont imposé des confinements, il n’est donc pas étonnant qu’il y ait eu cette chute de la délinquance physique. Mais on a toutefois parallèlement observé une augmentation massive de la cybercriminalité au niveau mondial.

La généralisation du télétravail a fait qu’il n’y a jamais eu autant de personnes en ligne. Malheureusement, de nombreuses personnes n’étaient pas au courant ou ne disposaient pas des compétences nécessaires pour se protéger de la cybercriminalité, et les criminels ont eu vite fait d’exploiter ces faiblesses.

INTERPOL est impliqué dans toutes sortes de crimes et délits. Les trois principales initiatives globales auxquelles l’organisation accorde sa priorité sont le terrorisme, le crime organisé et la cybercriminalité. (Crédit : euneighbours.eu/)

Le docteur Oberoi s’est empressé d’ajouter que malgré la chute de la délinquance physique et l’augmentation de la cybercriminalité, il ne s’agit probablement pas des mêmes criminels qui passent d’un type de crime à l’autre. La délinquance physique pourrait reprendre une fois les restrictions liées à la pandémie levées, et lorsque les gens recommenceront à voyager. Ceux qui ont réalisé que la cybercriminalité était très lucrative ne sont probablement pas appelés à disparaître, et c’est pourquoi INTERPOL ne ménage aucun effort pour aider les forces de l’ordre à obtenir les formations et ressources numériques dont elles ont besoin pour rester à la pointe.

Résolution du problème Big Data

La surcharge de données représente l’un des plus gros défis auxquels sont confrontés INTERPOL et les pays membres, mais la quantité de données disponible est également une opportunité. Les services de police n’ont jamais eu autant de données à portée de main. L’opportunité, comme l’estime le docteur Oberoi, consiste à trouver un moyen de « filtrer l’information parasite de tout cela et se concentrer sur la bonne information ».

L’analyse des données est de toute évidence la solution, mais le docteur Oberoi explique que les forces de l’ordre doivent tout d’abord comprendre les bases du type de données avec lesquelles elles travaillent, et en quoi elles peuvent être utiles à l’accélération de la justice, avant de pouvoir appliquer l’analytique. « Aucun degré d’intelligence artificielle ne pourra remplacer l’intelligence humaine pour examiner comment ces données peuvent être utilisées », dit le docteur Oberoi. « La technologie joue bien sûr un rôle important ici, mais elle ne suffit pas en elle-même. Elle doit être associée à l’expertise humaine de gestion des données. »

« La technologie joue bien sûr un rôle important ici », explique le docteur Oberoi, « mais il se peut qu’elle ne suffise pas en elle-même. Elle doit être associée à l’expertise humaine de gestion des données. » Interpol.int)

Pour la gestion d’importants volumes de données, en revanche, le docteur Oberoi estime que les plateformes basées sur l’IA sont une nécessité. « Chez INTERPOL, nous mettons en place notre propre plateforme basée sur l’IA pour l’analyse des données. Nous devons être capables d’ingérer des données [structurées or non] d’appareils différents ; et nous devons avoir des outils basés sur l’IA, qui peuvent nous aider à comprendre ces données. »

« L’utilisation de [tels] outils aide également à renforcer nos propres connaissances. Par exemple, mon intelligence naturelle en soi n’est peut-être pas capable d’imaginer une perspective particulière. Mais lorsque les outils fournissent ce genre d’information et de  perspectives, je commence à être capable de les voir. Donc, ce n’est pas seulement que mon intelligence est placée au-dessus de l’IA, mais aussi que l’IA m’offre des perspectives uniques qui améliorent ma propre intelligence. Il s’agit donc d’une sorte de jeu interactif entre les deux. »

Les solutions analytiques basées sur l’IA apportent ces informations uniques et permettent aux enquêteurs de relier des éléments de preuve disparates qui auraient pu passer inaperçus à l’œil humain. Elles fournissent également les moyens de facilement créer des rapports pour partager des conclusions et renforcer ainsi la collaboration entre les services.

INTERPOL ne recommande pas une solution unique pour la police numérique. « Nous ne prescrivons rien », dit le docteur Oberoi. « Nous permettons simplement à nos membres de partager leurs modèles les uns avec les autres. Il n’y a donc pas de modèle INTERPOL pour gérer [d’importants volumes de données]. Nous faisons aussi partie des utilisateurs.

« Nous utilisons les outils, et nos membres également. Donc nous apprenons d’eux, et il est possible qu’ils apprennent de notre expérience aussi. Je dirais donc que notre relation n’est pas de nature prescriptive mais plutôt de nature collaborative. »

Protection de la vie privée

Les problèmes liés à la manière dont les données sont gérées pour protéger à la fois la chaîne numérique de preuves et la confidentialité, qui varient énormément d’un pays à l’autre, remontent également à la surface. Il s’agit là d’un autre domaine dans lequel la technologie est un atout.

Interrogé sur la manière dont les organisations internationales gèrent la confidentialité des données, le docteur Oberoi répond que « la plupart d’entre elles passent à des analyses de données axées sur la protection de la vie privée, et que c’est ainsi qu’elles essaient de gérer la question de la confidentialité. Il existe aujourd’hui différents modèles pour traiter de tels volumes de données sans violer la vie privée. Dans ce contexte, le plus gros défi a été de définir nos propres normes sur la protection de la vie privée, qui doivent être très claires.

« Ensuite ces règles sur la protection de la vie privée doivent être intégrées à notre plateforme afin que nous ne franchissions pas de lignes rouges à ce sujet. C’est là que la technologie aide le plus. Lorsque nous traitons de tels volumes de données, aucun individu unique n’est capable de s’occuper de toutes les conditions de confidentialité, c’est donc là que l’application des règles par une machine jouera un rôle crucial. »

Puisque les solutions analytiques basées sur l’IA, comme celles proposées par Cellebrite, peuvent être pré-programmées, les services de police peuvent utiliser les fonctionnalités de pré-configuration dans l’outil pour garantir la confidentialité, en filtrant de manière sélective les critères de recherche pour ne rechercher que certains types d’information.

Regagner la confiance

Les préoccupations liées à la protection de la vie privée et l’absence de confiance des populations envers les services de police sont un problème majeur dans la plupart des pays. Les polices concernées doivent aider les populations à comprendre qu’ils utilisent ces outils au bénéfice de et pour protéger les citoyens, et qu’elles ne se concentrent que sur certains types d’information liée aux activités criminelles et dans le respect des cadres légaux.

Le docteur Oberoi s’accorde à dire que « c’est précisément ce que j’ai proposé, la confiance est l’élément le plus important, car sinon, personne ne partagerait ses données. Il est donc indispensable qu’il y ait des pistes d’audit. Il doit y avoir des journaux, que nous pouvons utiliser pour démontrer qu’aucune condition de confidentialité n’a été violée. Les règles de confidentialité appliquées par des machines ajoutent  au renforcement de la confiance.

La voie de l’avenir

Alors qu’il se tourne vers l’avenir, le docteur Oberoi estime que l’interconnexion entre la technologie et le crime ne fera que s’accroître.

Les pays membres d’INTERPOL n’ont jamais eu autant de données à portée de main. (crédit : Interpol.int)

« Je dirais qu’il n’y a aucune catégorie de crime qui ne soit pas impactée par la technologie aujourd’hui », dit-il. « Aucune. Et je dis sans aucune ambiguïté qu’il n’existe pas de crime qui ne soit pas influencé par la technologie. Et je donne cet exemple : Imaginons aujourd’hui que nous traitons une affaire de, disons, suicide, même là on va vouloir regarder l’iPad, le téléphone mobile, l’ordinateur portable de la personne qui s’est donnée la mort. A-t-elle laissé un mot ?Quelles étaient les circonstances ? De fait, même si un crime est à 100 % physique de nature, nous nous penchons aussi sur les éléments numériques. »

Le docteur Oberoi utilise un autre exemple, la lutte contre le terrorisme. « L’utilisation des réseaux sociaux. L’utilisation des crypto-monnaies. On a maintenant des dossiers où l’utilisation de drones a été rapportée. Et l’utilisation de téléphones basiques. Les services de communication basés sur le chiffrement. Tous ces éléments sont des outils utilisés par la plupart des criminels aujourd’hui. Il n’y a donc quasiment aucun domaine qui ne soit touché par la technologie, et plus encore par la technologie numérique.

« Personnellement, je suis de l’avis que la ’cybercriminalité’ cessera d’exister en tant que catégorie, car il y n’y aura quasiment plus de crime sans au moins un cyber élément, donc ’cybercriminalité’ deviendra synonyme de ’criminalité’. Voilà ce que je comprends de ce qui se passe aujourd’hui. Il n’y aura bientôt plus rien qui ne sera pas «cyber» sous une forme ou une autre. Il est possible que ce ne soit pas la cible elle même, mais le cyberespace peut être utilisé comme outil ou facilitateur de crime. »

Dans la perspective des enquêtes futures, les outils numériques et les formations pour les utiliser seront essentiels. « Je ne vois personne être capable d’enquêter sur une affaire dans  l’avenir sans recourir à des outils d’investigation numérique », explique le docteur Oberoi.

La formation est essentielle

La formation sera également un élément clé du travail de police à l’avenir et le docteur Oberoi voit arriver dans les services de police une toute nouvelle génération bien plus à l’aise avec l’utilisation de technologies numériques. Les jeunes comme les moins jeunes ont besoin d’être formés.

Conscient de l’importance d’une bonne formation du personnel, INTERPOL a créé la Virtual Academy pour fournir des formations à un public plus large. (crédit : Interpol.int)

« Nous constatons un changement des générations au sein des services de police », dit le docteur Oberoi. « Aujourd’hui, les nouvelles recrues qui intègrent les services de police à travers le monde sont très à l’aise avec certaines des technologies utilisées ; mais on ne peut pas en dire autant de certaines personnes ayant déjà 20 ou 30 ans de services. Pour eux, cela n’est pas naturel. Ces personnes ont besoin de plus de formation afin qu’elles mettent à profit leurs acquis et commencent à être capables d’apprécier l’espace numérique.

« En même temps, les nouvelles recrues doivent aussi être formées pour renforcer leurs capacités à utiliser les outils numériques de manière plus efficace. Ils peuvent s’y essayer en usant de leur intuition naturelle, mais cela peut ne pas être suffisant car ce que nous constatons aussi, c’est que leurs adversaires utilisent bien mieux les technologies que ne le font les forces de l’ordre.

« Donc l’enjeu n’est pas de faire mieux que la génération plus ancienne de policiers. L’enjeu est de faire mieux que les criminels. Ils doivent contrer l’utilisation de l’espace numérique et l’utilisation des outils numériques par les criminels. C’est là le défi. »

INTERPOL relève les défis mondiaux de formation grâce à des modules de formation en ligne à accès restreint (Small Private Online Courses – SPOC). « Il nous faut des formations de base pour tout le monde », dit le docteur Oberoi. « Et c’est là que nous devons utiliser la technologie pour modifier l’échelle et la manière dont nous dispensons les formations.

« Aucun niveau d’intelligence artificielle ne pourra remplacer l’intelligence humaine pour examiner comment on peut utiliser ces données. La technologie joue bien sûr un rôle important ici, mais elle ne suffit pas en elle-même. Elle doit être associée à l’expertise humaine de gestion des données. »

« Chez INTERPOL, nous avons déplacé et créé la Virtual Academy précisément pour cette raison, pour que nous puissions nous adresser à un nombre important de stagiaires dans leur propre espace, leur propre fuseau horaire, leur propre niveau de confort, et  leurs propres exigences de formation. »

Les formations virtuelles permettent non seulement d’atteindre efficacement un public plus large, mais aussi de réaliser des économies, plus de stagiaires pouvant être formés à grande échelle.

La collaboration est essentielle

Faire preuve de davantage d’ouverture et promouvoir la collaboration sont également un objectif clé pour le docteur Oberoi et INTERPOL. « Aujourd’hui, nos interventions doivent être plus à l’écoute de la nature numérique des criminalité et de la nature numérique des preuves, ce qui est extrêmement difficile compte tenu des interventions actuelles basées sur la territorialité », explique le docteur Oberoi.

« Les réponses juridictionnelles ont tendance à limiter notre portée.Il doit donc y avoir plus d’approches multi-juridictionnelles, un esprit de collaboration plus poussé, ce qui ne nous vient pas naturellement. En tant qu’agents de police, nous avons tendance à garder nos informations très confidentielles. Et c’est ce que nous devons désapprendre, et nous adapter plus à cela.

Investir dans la partie « humaine » de l’équation est essentiel pour lutter à l’avenir contre la criminalité et regagner la confiance de la population. (crédit : interpol.int)

« Notre capacité à nous adapter à la nature changeante du crime [et] à la nature changeante des preuves, qui petit à petit deviennent numériques, est essentielle à notre réussite. »

Dans une perspective d’avenir, le docteur Oberoi explique qu’INTERPOL évolue déjà et s’adapte au changement. « Nous sommes déjà en pleine transformation, qu’il s’agisse de l’espace numérique, de nos modèles de financement, ou en terme de méthodes de travail collaboratives. Ces changements sont déjà en cours. Donc je le vois [l’avenir] plus comme un renforcement de ces changements et un effort pour les rendre plus pérennes et plus ancrés dans notre système, afin que ce ne soit pas uniquement des changements induits par la pandémie mais qu’ils deviennent plus permanents. »

Investir dans la partie « humaine » de l’équation est essentiel pour lutter à l’avenir contre la criminalité et regagner la confiance de la population. « Investissez dans les compétences de votre personnel », dit le docteur Oberoi. « Préparez-les. »

« L’élément essentiel, et c’est ce qui nous a été démontré, c’est l’élément humain. Les technologies changent. Les solutions évoluent. Les défis se transforment. Mais si notre personnel, si notre policier dans la rue est suffisamment compétent pour s’adapter à ces mutations, alors nous gagnerons la bataille. »