Un système collaboratif sur le cloud et une soif d’innovation ont permis de réunir 23 agences sous un même toit pour créer cette étonnante unité de lutte contre la criminalité.

Alors que les services de police se tournent vers l’avenir, nombre d’entre eux transforment la manière dont ils mènent les enquêtes afin d’exploiter au maximum l’intelligence numérique. C’est le moyen de protéger les populations contre les menaces de criminels qui utilisent des technologies numériques.

L’intelligence numérique se divise en deux parties – les données recueillies de différentes sources et de différents types (les appareils et le cloud) et le processus par lequel les services de police analysent et obtiennent des informations à partir de ces données, pour mener leurs enquêtes plus efficacement.

James H. Barber, le visionnaire derrière le Gulf Coast Technology Center (GCTC). Former Police Chief with the City of Mobile, he is now Public Safety Director (Credit: https://www.mobilepd.org/news)

Pour devenir « DI ready » (prêt au renseignement numérique), des responsables tournés vers l’avenir évaluent les défis posés à leurs services. Puis ils les confrontent à la technologie (et au personnel formé) à leur disposition, pour faire apparaitre les outils qui seraient à intégrer aujourd’hui dans leurs flux de travail, pour rendre leurs opérations plus efficaces demain.

Le Gulf Coast Technology Center (GCTC) est un parfait exemple d’organisation ayant adopté cette stratégie et l’ayant menée de manière audacieuse. La vision du GCTC est venue de James H. Barber, alors chef de la police (aujourd’hui directeur de la sécurité publique) de la ville de Mobile. Il voulait construire dans sa ville une unité de renseignement à la pointe et qui servirait à terme toute la Gulf Coast. En 2015, le directeur de la sécurité publique Barber a appelé un policier expérimenté, Kevin Levy, aujourd’hui commandant de la Cyber Division du service de police de Mobile, et lui a demandé de transformer sa vision en réalité.

Digital Forensics Lab at the Gulf Coast Technology Center (Credit: https://www.al.com/news/mobile.html)

Imaginer le travail de la police différemment

« Globalement, ce qu’il [Director Barber] voulait faire, c’était élaborer un programme de police basé sur le renseignement, pour assurer la sécurité de nos agents [et] populations, et réellement amener le service de police ici vers une nouvelle ère.

« Le plus gros atout pour nous, c’est d’avoir accès à tous ces produits qui fonctionnent très bien ensemble, notamment au niveau de la famille Cellebrite, et qui nous permettent de ’raconter l’histoire’ du début à la fin. »

L’un des projets de James H. Barber était de construire un laboratoire d’investigation numérique doté de personnel hautement qualifié, au service de toute la Gulf Coast.

Le commandant Levy a commencé par réunir la bonne équipe, ce qui était un défi en soi. Comme il le décrit, « nous avons recruté des personnes pour m’accompagner dans cette aventure, avec les compétences et les aptitudes nécessaires, ou qui souhaitaient être formées, afin qu’on puisse d’abord moderniser le programme. » La difficulté a été de trouver des personnes « disposées à quitter ce qui était ’normal’, à savoir effectuer des patrouilles dans une voiture de police, pour venir faire quelque chose d’inhabituel pour la police, c’est-à-dire mettre en place un labo et un centre technologique ».

Une fois qu’il a été en mesure de réunir ce qu’il décrit comme son équipe de base, composée de « personnes incroyables » (enquêteurs chevronnés, analystes et techniciens de laboratoire), le commandant Levy a pu commencer à travailler sur l’aspect technique du labo.

Ce qui a démarré par un examinateur pour un seul service, installé dans un « placard », d’après la description de Levy de leur premier labo, est maintenant devenu une installation multi-services d’environ 750 m2 avec plus de 10 examinateurs.

« Chaque jour, nous accueillons près de 40 personnes participant au programme », nous dit le commandant Levy. Et notamment des partenaires venant de 27 services de police au niveau fédéral, des Etats et au niveau local dans l’ensemble du pays, ainsi que quelques entités militaires.

Ce qui rend le GCTC unique, selon le commandant Levy, c’est qu’il s’agit d’un environnement collaboratif dans lequel tous les intervenants partagent les responsabilités. Contrairement à des services généralement composés d’agents locaux avec une compétence géographique limitée, les partenaires du GCTC viennent du monde entier pour servir collectivement non seulement la ville de Mobile, mais l’ensemble de la région du Gulf Coast.

Le modèle GCTC est également très différent de la manière dont la plupart des comtés/Etats coordonnent leurs efforts. « Nous avons trouvé des partenaires qui nous aident à gérer les opérations quotidiennes », explique le commandant Levy, « afin que tout le monde ait l’impression d’être traité équitablement, dans la direction prise et les dossiers auxquels nous donnons la priorité. Il n’y a pas de paperasserie, juste une poignée de main. Tant que quelqu’un a besoin de quelque chose comme d’une assistance mutuelle, on s’en occupe. Donc la question n’est pas simplement « qu’est-ce qui serait le mieux pour le MPD ? » Mais plutôt de « savoir ce qui serait le mieux pour la population et pour la Gulf Coast ? »

« Globalement, ce qu’il [le directeur Barber] voulait faire, c’était de lancer un programme de police basé sur le renseignement, pour garantir la sécurité de nos agents [et] des populations, et réellement amener le service de police ici vers une toute nouvelle ère.

Conformément à la vision des villes et en partenariat avec d’autres services de police, la structure de financement et de reporting est également différente. « Nous n’avons jamais reçu de subventions fédérales pour faire ce que nous faisons. Tous nos partenaires ont apporté leur contribution de la manière dont ils ont pu le faire.

« Nous ne sommes pas obligés de suivre les directives particulières de quiconque. Nous avons trouvé les lignes directrices et les exigences d’accréditation les plus strictes dans un service de police et nous les avons adoptées, typiquement celles des services secrets.

« Donc, notre objectif est de satisfaire aux exigences les plus strictes de n’importe lequel de nos partenaires, afin qu’il n’y ait pas un seul service ici qui opère en dehors de ses propres directives et procédures. Mais nous voulons rester aussi agiles et souples que possible afin de ne pas crouler sous les règlementations qui nous empêcheraient de fonctionner, ce qui est le cas de beaucoup de services, non en raison de la loi, mais parce qu’ils ont eux-mêmes développé une politique restrictive.»

Les défis

Afin de faire avancer les dossiers, le GCTC a mis la barre très haut en s’engageant sur un temps de traitement des appareils de 2 semaines et demi. L’année dernière, le GCTC a vu passer dans ses locaux un peu plus de 2500 de ces appareils numériques. Cela représente un peu plus de la moitié des appareils de l’ensemble de la région. Et ce nombre ne fait que croître.

Pour garder une longueur d’avance, le commandant Levy a équipé son équipe de Cellebrite Premium, qui est utilisé conjointement avec d’autres bootloaders pour gérer des dizaines d’appareils à différentes étapes du téléchargement, en même temps. Il croit aussi fermement en Cellebrite Pathfinder,qui est basé sur l’intelligence artificielle, pour aider son équipe à trier d’importants volumes de données pour rapidement trouver des informations exploitables. L’accès à une suite complète de solutions d’intelligence numérique a permis à son équipe de traiter plus d’appareils plus rapidement, ce qui a eu pour conséquence la clôture de dossiers et une réelle réduction de la criminalité. Les preuves numériques ont aidé à faire disparaître des rues les délinquants les plus récidivistes et ont permis de clôturer des dossiers qui sinon seraient restés ouverts. Chaque type de crime ou délit est comptabilisé séparément pour que les chiffres reflètent les évolutions des différents types de criminalité. Toutefois, une assistance liée aux preuves numériques a été demandée dans plus de 80 % des enquêtes en cours sur les crimes violents et financiers, contre 30 % il y a tout juste cinq ans.

Cellebrite Pathfinder rassemble rapidement toutes les connexions entre le suspect et les personnes avec qui il a été en contact, pour commencer à établir des chronologies intéressantes dans les affaires. (image: Cellebrite)

Développer le laboratoire: L’objectif du commandant Levy est de maintenir le temps de traitement à 2 semaines et demi grâce au développement du laboratoire. Il ne s’agit pas simplement d’ajouter du personnel, comme le fait remarquer Levy. « Avoir plus de gens, c’est utile », dit-il, « mais il s’agit surtout d’avoir plus d’équipements, plus de licences, et de se rendre compte qu’une personne peut effectuer plusieurs tâches sur trois machines différentes. »

La clé est de ne pas laisser les obstacles ralentir le processus. Selon le commandant Levy, il est essentiel de « trouver quel est cet obstacle et de l’écarter pour pouvoir continuer à avancer sur des voies parallèles pendant que quelqu’un s’occupe de l’obstacle ».

Appareils de haute technologie: Le commandant Levy explique que le plus gros défi auquel le GCTC est confronté provient du fait que les criminels utilisent des appareils de toute dernière technologie pour lesquels son unité peut ne pas encore avoir de solution. « Il y a eu des personnes extrêmement créatives [venant] d’établissements pénitenciers qui ont en quelque sorte ’super-amélioré’ leurs propres appareils, et ça c’est plus un défi physique. Mais le plus gros défi là tout de suite vient d’un gars qui entre dans une boutique, achète un tout nouveau Samsung, ressort, commet un crime ou un délit, a mis toutes les preuves dessus, et nous on récupère le téléphone une heure plus tard.

« Voyez, ça, ça va nous demander un peu temps parce qu’il est possible que les produits Cellebrite, et autres outils, n’aient pas encore eu le temps de se mettre à jour pour contourner ça, pour cet appareil en particulier. »

Cela dit, son équipe a un taux de réussite extrêmement élevé, étant capable de recueillir en toute légalité les données de 70 à 80 pourcent des appareils reçus.

Archivage et stockage: « Suivre le volume de données que nous devons conserver pendant des années, jusqu’à ce qu’elles soient présentées devant le tribunal, et que quelqu’un revienne pour purger ce dont on n’a pas besoin après le procès. C’est ce qui a été notre plus grosse préoccupation », dit le commandant Levy.

« Lorsque nous avons démarré, nous mettions une poignée d’appareils sur une étagère et on les laissait tourner avec ce qui était en train d’être chargé dessus ou sur la boîte elle-même. Et maintenant, à tout moment, nous avons peut-être 200 à 300 appareils qui, en fonction du produit qu’on utilise, sont soit connectés à Cellebrite Premium ou alors posés sur une étagère avec un autre bootloader qui tourne dessus.

« Et donc ce qui a commencé par être un concours de patience, est devenu une sorte de chasse aux trésor, car avec un tel nombre d’appareils dans ce qu’on appelle notre « garage », chaque jour on en a quatre, cinq ou six qui sont accédés en toute légalité, voire plus, donc on doit attendre un peu, mais maintenant en gros tous les jours où on y va, il y en a une poignée qui ont été accédés, ou prêts à être accédés, ou ont été accédés et sont disponibles sur la box Premium. Et ça c’est sans compter ceux qui sont accédés en relativement peu de temps : on branche, ils sont accédés en toute légalité, et c’est parti. Là ce sont des appareils qui prennent un peu plus de temps, ou sur lesquels on a dû charger un programme pour y accéder légalement. Donc oui, c’est notre plus gros défi. »

Gestion de plusieurs dossiers en passant par la technologie

Avec la quantité considérable de dossiers qu’ils gèrent et les demandes qui arrivent de toute part de la Gulf Coast Region, le GCTC pilote toujours plusieurs enquêtes à la fois. Trois choses, néanmoins, font que la manière dont ils abordent les enquêtes est véritablement révolutionnaire :

Triage des dossiers: « Nous utilisons un système de collaboration en ligne, basé sur le cloud », dit le commandant Levy, « donc tout ce qui rentre, chaque examen de téléphone, d’ordinateur, chaque type de demande en dehors du forensique que nous recevons, tout va dans ce système. » Le fait de pouvoir consulter des dossiers pour que toute l’équipe puisse classer la demande selon la priorité et décider des meilleures personnes auxquelles attribuer le dossier est un énorme avantage pour démarrer une enquête.

Optimiser les analyses: L’équipe GCTC rassemble tout dans Cellebrite Pathfinder. « Nous ne séparons pas par organisation, » explique le commandant Levy, « donc tout est mis dans un dossier central, si vous voyez ce que je veux dire. Et donc nous construisons des répertoires de contacts [et] croisons toutes les données. »

Cellebrite Pathfinder (image: Cellebrite)

Collaboration: Comme le GCTC abrite de nombreux services, des représentants d’un service peuvent littéralement se pencher au-dessus de leurs postes de travail pour poser des questions ou obtenir des informations de la part d’un collègue d’un autre service sans avoir à passer par un tas d’obstacles. Ce genre de collaboration permet au GCTC de faire avancer le processus d’investigation à vitesse grand V.

Tout mettre ensemble

Pour optimiser l’intelligence numérique, le commandant Levy et son équipe adoptent une approche globale en matière de technologies numériques, faisant appel à une combinaison d’outils qui travaillent à l’unisson pour soutenir une solution complète.

« Le plus gros atout pour nous, c’est d’avoir accès à tous ces produits qui fonctionnent très bien ensemble, notamment au niveau de la famille Cellebrite, et nous permettent de ’raconter l’histoire’ du début à la fin », dit le commandant Levy.

« Les gens nous appellent et demandent ’comment ça marche Premium ?’ ou ’comment ça marche Analytics’ ou encore ’salut les gars, je vois que vous avez une licence UFED 4PC. Qu’en pensez-vous?’ Et toutes ces [questions] sont très bien, mais en réalité, ce que je leur réponds c’est ’vous ne voyez qu’une seule pièce du puzzle.’ Les produits qui fonctionnent le mieux pour nous sont les suites [complète] de produits, qui [nous permettent] de ’raconter l’histoire’ dans son ensemble. Parce que si l’une de ces pièces ne marche pas, nous passons à côté de ce maillon de la chaîne. »”

Comme la plupart des services, le budget du GCTC ne permettait pas au départ l’achat de toutes les solutions utilisées aujourd’hui.« Nous avons dû progressivement monter notre dossier pour le programme, trouver un motif pour expliquer non seulement pourquoi nous voulions l’acheter, mais aussi pourquoi nous étions prêts à dépenser autant d’argent tous les ans pour continuer… à être capable de ’raconter l’histoire’.

Le commandant Levy a évoqué une étude de cas récente qui démontre que le fait d’avoir les bons outils, du personnel bien formé et un dialogue ouvert entre membres des différents services a permis au GCTC de ’raconter toute l’histoire’, qui est partie d’un délit sans gravité pour arriver à une organisation criminelle importante, et enfin, à la résolution de deux homicides.

Étude de cas – Comment deux téléphones ont mené à un double homicide

Il y a environ trois mois, l’équipe du commandant Levy reçoit un simple dossier de vol de véhicules. Après une courte enquête, ils arrêtent un individu qui volaient des véhicules et des véhicules tout terrain.

Les agents chargés de l’arrestation avaient découvert deux téléphones portables – un dans le véhicule dans lequel se trouvait le suspect et l’autre dans la poche de ce suspect. Le dossier relevait du service de police de la ville de Mobile (Mobile Police Department) et ils ont donc ramené les deux téléphones au poste.

Il se trouve qu’un des examinateurs de l’équipe du commandant Levy venait du bureau du Sheriff de Baldwin County. Ils ont regardé l’écran de collaboration en ligne du GCTC et ont remarqué que certaines informations ressemblaient étrangement à une affaire sur laquelle ils travaillaient à Baldwin County.

L’examinateur a demandé s’il pouvait prendre ces téléphones, effectuer l’examen, puis les passer dans Analytics. Quand il l’a fait, il a réalisé que les affaires sur lesquelles il travaillait dans le comté de Baldwin étaient potentiellement liées. Il a donc été récupéré les deux ou trois téléphones du dossier à Baldwin et les a ajouté au dossier.

« Nous ne reculons pas, nous avançons. Et c’est ce dont les forces de l’ordre ont besoin aujourd’hui. »

Ce qui était au départ deux téléphones s’est transformé en cinq téléphones, et ces derniers ont mené vers un réseau plus vaste impliquant les mêmes acteurs.

Le commandant Levy explique ensuite que l’examinateur a alors comparé la liste de contacts dans les deux dossiers et s’est rapidement rendu compte que ces personnes se connaissaient, il s’est donc mis à ajouter des points de géolocalisation à l’enquête.

Ces deux dossiers sont alors devenus un sujet de discussion, selon le commandant Levy. « Nous animons régulièrement des [sessions] de partage d’information avec les analystes [qui] sont en contact avec les enquêteurs dans tous ces dossiers, qui leur demandent ce qu’ils recherchent et ce qu’ils essaient de faire. Cela fait en quelque sorte partie du ’récit’. Donc nous ne faisons pas des extractions à l’aveugle. Nous examinons les téléphones et réalisons les extractions pendant que nos analystes essayent de comprendre ce que le « client » (nos enquêteurs) recherche.

Bâtir une chaîne de preuves solide commence par la collecte en toute légalité et de manière forensique des données pour s’assurer que l’intégrité et la conformité de ces données sont bien conservées. (Credit: https://www.newsbreak.com/news/)

« Une fois que l’histoire commence à se dessiner, ’nous cherchons une personne qui potentiellement travaille pour une autre personne’, et que nous réalisons que toutes ces personnes rapportent plus au moins à une personne non connue, et que peut-être ils ne se connaissent pas directement mais qu’ils ont une tierce personne en commun, alors le dossier commence à s’épaissir….

« A la fin mai, nous avions probablement 15 téléphones saisis et ajoutés à ce même dossier. Ce que cela veut dire, c’est que de nombreuses personnes sont impliquées. »

Ce qui a commencé comme un simple réseau de vol de voitures s’est transformé en un réseau de vol de véhicules et d’armes à feu. Le réseau de vol d’armes à feu s’est ensuite transformé en un trafic d’armes qui étaient vendues dans la rue. Les armes ont ensuite conduit à deux affaires d’homicide en cours.

Les enquêteurs n’auraient jamais su d’où venaient les armes s’ils n’avaient pas saisi les téléphones des voitures utilisées par les personnes qui volaient les voitures et les armes.

Selon le commandant Levy, « tout ça s’est passé en l’espace de trois semaines. Un des dossiers d’homicide était ouvert depuis près d’un an, et c’était le dossier d’un de nos partenaires. L’autre dossier d’homicide était un dossier local, ici [à Mobile] et potentiellement – cette partie là reste à déterminer, ils travaillent encore dessus – pourrait être lié à des fusillades dans des logements occupés. Ces fusillades au volant, où personne n’a été tué, n’étaient pas classées en tant qu’homicides parce qu’il n’y avait pas eu de morts, mais nous pensons que l’un des suspects pourrait y être associé. »

En soulignant l’avantage de tout placer dans Analytics, le commandant Levy a résumé l’affaire de la manière suivante. « Si nous n’avions pas communiqué avec tous ces enquêteurs de toutes ces organisations différentes de manière indépendante au cours du processus d’analyse, nous n’aurions jamais été capables de reconstituer tous les morceaux de ’l’histoire’.

Il est important de se concentrer sur un domaine, même en investigation numérique. C’est un peu comme en médecine, non ?Il y a plusieurs disciplines, et on devient expert de toutes sortes de choses, même au sein d’un même domaine. »

« Tous les outils sont venus ensemble, donc nous avons créé une chaîne de montage qui fonctionne exactement de la même manière que serait ’racontée l’histoire’, à savoir : Obtenir les données, traiter les données, analyser les données, puis communiquer directement avec le demandeur. Le produit que nous restituons est [alors] non seulement destiné à l’enquêteur mais aussi au procureur [car] nous sommes en mesure de leur expliquer comment nous avons obtenu les preuves et ce que sont ces preuves. »

«Raconter toute l’histoire» devant le tribunal

Le processus de narration s’étend aussi jusqu’au tribunal. Plutôt que de n’envoyer qu’un seul enquêteur au tribunal en tant que principal témoin, le commandant Levy est en mesure d’envoyer toute une équipe de spécialistes, chacun d’eux contribuant à aider les procureurs à présenter l’affaire.

« En répartissant le processus de témoignage [et] le processus de récupération des preuves, des examinateurs aux analystes et aux enquêteurs, non seulement nous ’racontons l’histoire’, mais nous créons aussi un dossier plus solide, où quatre personnes viennent relater le même récit, versus une seule dont la réputation peut par ailleurs être ou ne pas être ternie, selon si l’avocat de la défense souhaite que le jury aime la police ou non, ou peu importe le scénario. »

Aucune des méthodes originales employées par l’équipe du commandant Levy pour mener ses enquêtes ne serait en revanche possible, sans avoir les bons acteurs en place qui mettent constamment à niveau leurs compétences avec des formations.

La formation est essentielle

Selon le commandant Levy, exploiter l’intelligence numérique dans toute la mesure du possible « ne peut être accompli sans une compréhension complète et de seconde nature du renseignement numérique : comment cela fonctionne, quel est son cycle de vie, comment on l’utilise. Si vous travaillez au centre, 25 % de votre temps doit être passé en formation. Les 75 % restants, vous devez travailler sur des dossiers et résoudre des crimes

« Il faut rien de moins que cela, car sinon nous pensons que cela ne rend pas service à l’agent, car les technologies évoluent très vite. Il est important de se concentrer sur un domaine, même en investigation numérique. C’est un peu comme en médecine, non ? Il y a plusieurs disciplines, et on devient expert de toutes sortes de choses, même dans un domaine. » Et donc nous reconnaissons cela. Nous souhaitons que les membres de nos équipes découvrent leur « niche », leur zone de confort, leur timonerie, et nous voulons les envoyer faire autant de formations dans ces domaines que possible, et puis les faire apprendre les uns des autres.

Chaque personne que nous envoyons en formation, nous attendons d’elle qu’elle revienne en tant que « formateur des formateurs ». Qu’elle nous ramène une pépite à partager avec nous… Et donc nous les débriefons une fois revenues de formation et espérons qu’elles partageront ces connaissances avec les bonnes personnes ici. »

Faire ce qui s’impose

Lorsqu’il s’agit d’obtenir l’adhésion de la population à l’utilisation des données numériques pour résoudre des enquêtes, le commandant Levy explique que tout est question d’éthique et de communication.

« Il est indispensable de continuer à faire ce qui s’impose », dit-il. « C’est pourquoi nous passons tellement de temps à former les gens sur les lois concernant les appareils et la manière dont nous recueillons les données, afin de toujours être du bon côté, de savoir qu’on a pris la bonne décision pour les bonnes raisons.

Le commandant Levy considère la sensibilisation de la population comme la solution pour renforcer le message positif lié au travail de la police.

Eduquer les parents « Comment garder ses enfants en sécurité sur leurs téléphones » est l’un des sujets enseignés par son équipe dans les écoles, pour que le public se rende compte que les forces de l’ordre ne sont pas juste là pour arrêter les gamins. Ils sont là pour les protéger. « Notre première responsabilité, c’est de les protéger », dit Levy. « Et donc nous interagissons de cette manière-là. »

« L’une des toutes premières choses que nous avons eu à faire a été de former nos agents sur ce qu’est la technologie et comment elle fonctionne, de sorte que lors de leurs interactions avec la population ils soient conscients non seulement de la vie privée des personnes, mais qu’ils comprennent aussi la valeur de cet élément en tant que preuve potentielle. »

Interaction communautaire: « Une des premières choses que nous avons dû faire, c’est de former nos agents sur ce qu’est la technologie et comment ça fonctionne », ajoute le commandant Levy, « de sorte à ce que lorsqu’ils interagissent avec le public, ils soient au fait de la vie privée des gens, mais qu’ils comprennent aussi la valeur de cet élément en tant que preuve potentielle. [Comme ça], ils sont mieux équipés pour expliquer ce qu’ils font et pourquoi, plutôt que de juste débarquer, de prendre plein de choses et d’avoir en retour des réactions comme, ’Oh mon dieu, mais il a pris mon téléphone’. De fait, éduquer les agents de terrain, c’est une priorité. »

« Il ne faut pas oublier que… les gens qui entrent en contact avec les forces de l’ordre, la plupart du temps ils passent la pire journée de leur vie, qu’ils soient suspect, victime, ou [un témoin]. Et donc les forces de l’ordre, tous les jours, entrent en contact avec des gens qui, ce jour là en particulier, passent la pire journée de leur vie. Mais un agent de police est témoin de ça tous les jours, plusieurs fois par jour. Donc un grand nombre d’entre eux se reposent sur leurs lauriers, et ne reconnaissent pas qu’il s’agit toujours de la même histoire.

« On veut ’raconter l’histoire’ grâce au téléphone, mais il faut aussi comprendre l’histoire de la personne en question. Nous [n’avons pas été dans la peau de cette personne ou [vu] ce qu’elle voit. Les agents voient ce qui se passe par la fenêtre de la voiture de police, mais il ne faut pas oublier que les gens sont dans la rue et que eux regardent à l’intérieur de la voiture de police depuis l’extérieur, et que c’est une autre perspective. Et donc nous voulons les former [les agents] numériquement, mais quand on cherche de la confiance, il faut savoir à quoi ressemble le monde des deux côtés du pare-brise.

« J’ai essayé d’autres choses et ai fait d’autres choses au cours de ma vie, vous savez, ici et là, et rien n’est plus satisfaisant que de venir en aide à quelqu’un. Et je sais que ça peut paraître idiot, et que de nombreuses personnes ont perdu espoir à ce niveau-là, mais ça existe, j’en suis témoin tous les jours…

Je sais que nous faisons ce qu’il faut et que nous avançons dans la bonne direction. Nous ne reculons pas, nous avançons. Et c’est ce dont les forces de l’ordre ont besoin aujourd’hui. »